Les billets de banque belges.

Dans l’histoire de la monnaie européenne, les espèces sonnantes et trébuchantes occupent la place la plus importante.

A leurs débuts, les billets de banque belges ne disposaient pas du cours légal.

Personne n’était donc obligé de les accepter.

Il a fallu attendre 1873 pour que les billets de banque reçoivent le statut de moyen de paiement légal.

Tout au long du 19ème siècle, la méfiance à l’égard du billet de banque resta vive.

Il était impossible d’avoir la confiance des utilisateurs.

Le temps manquait pour réaliser immédiatement des billets définitifs.

Une première série de coupures provisoires a été créée en toute hâte avec les moyens du bord.

La fabrication des feuilles de papier pour un premier tirage de billets de 1.000 et 500 francs a pris environ trois semaines.

Ce papier faisait apparaître en filigrane, par transparence, les mots " Banque Nationale " et la valeur nominale en chiffres et en lettres.

I s’agissait de papier réalisé à la main, uniquement à partir de chiffons et collés à la gélatine.

Chaque feuille ne recevait qu’un billet.

Pour pouvoir entamer rapidement l’impression, on a donné le même format aux premières coupures de 1.000 et 500 francs.

Après ces billets provisoires, une série de billets définitifs comprenait des coupures de 1.000, 500, 100, 50 et 20 francs. En raison de leur valeur, leur tirage est resté limité.

En termes de pouvoir d’achat, un billet de 1.000 francs de 1851 vaudrait aujourd’hui 170.000 francs.

Il va s’en dire que presque aucun Belge n’a jamais été l’heureux propriétaire d’un de ces billets.

A cette époque héroïque, l’imprimerie de la Banque Nationale disposait de quatre presses entièrement manuelles.

Le premier billet était donc un produit artisanal réalisé à la main.

Le premier gouverneur de la Banque, François-Philippe de Haussy, signait chaque coupure de sa propre main.

Il garantissait ainsi que le billet était original et payable à vue.

Ce n’est que sur le billet de 20 francs type 1851 (fort tirage) que sa signature a été imprimée dès le début.

L’encre et la plume ont été aussi utilisées pour numéroter les billets.

On estimait que l’écriture manuscrite était plus difficile à contrefaire que les noms et les chiffres imprimés.

Le long du bord gauche du billet apparaissait un motif décoratif calligraphié dont seule une partie était lisible.

L’autre restait sur le carnet dont le billet était détaché.

A l’origine, les billets étaient uniquement imprimés en noir.

De 1853 à 1865, la couleur noire a été progressivement remplacée par le bleu afin d’éviter la contrefaçon photographique.

Dessin et gravure étaient de la main d’une seule et même personne.

On utilisait la même technique de gravure que pour les monnaies.

Sur les billets, les chiffres et les mots occupent la place centrale.

Les illustrations, repoussées sur les côtés, sont avant toutes décoratives.

Elles font cependant passer un message.

Sur les premiers billets de 1.000, 500, 100 et 50 francs, l’angelot apparaissant dans le coin supérieur gauche et brandissant un glaive et une balance souligne l’importance du pouvoir judiciaire.

Le premier billet de 20 francs représente Neptune et Amphitrite, divinités marines des Romains.

Ils incarnent l’Escaut et la Meuse, mettant ainsi clairement les ambitions économiques (commerce et industrie) de la Belgique.

Sur le billet de 1.000 francs type 1853, le commerce et l’industrie apparaissent à nouveau sous les traits d’un homme et une femme, qui sont cette fois Mercure et Minerve.

En plaçant les armoiries de la ville de Bruxelles entre le Nord commerçant et le Sud industriel, on met l’accent sur l’unité du pays.

Durant les quinze premières années de son existence, la Banque Nationale avait réussi à pourvoir le pays d’une circulation fiduciaire importante.

L’étape suivante consistait à améliorer la qualité de son papier, remplacer ses presses manuelles par des presses mécaniques et consacrer plus d’attention au graphisme du billet.

C’est principalement le peintre d’histoire bruxellois Henri Hendrickx qui a marqué de son empreinte le papier-monnaie de la seconde moitié du 19ème siècle.

Les billets type 1869 se caractérisent par d’élégants personnages qui occupent la quasi-totalité de la hauteur du billet.

Le billet de 500 francs type 1887 a connu un énorme succès, il est resté quelque cinquante-six ans en circulation, ce qui constitue un record absolu.

Ce billet est dédié aux arts et aux sciences.

Entre 1850 et 1870, la première lente augmentation de l’utilisation du papier-monnaie a été principalement sensible dans les grosses coupures, qui étaient utilisées pour les paiements importants.

En 1885, un accord avait été conclu entre le ministre des Finances et la Banque Nationale concernant l’utilisation du néerlandais sur les billets de banque.

La Banque s’engageait à consacrer le verso en néerlandais.

Le premier billet de ce type a été la coupure de 50 francs type 1887, mise en circulation en 1893.

Pour les dénominations plus élevées, il a fallu attendre le 20ème siècle.

Le billet de 20 francs type 1894 constituait une révolution dans la fabrication des billets.

Conçu par l’aquarelliste brugeois Louis Titz, il a été le premier billet belge imprimé en quadrichromie.

La couleur devenait une composante incontournable du billet de banque.

Un nouveau filigrane avait été mis au point, plus compliqué et plus esthétique.

En 1895, on a décidé de remplacer le papier à base de chiffons par de la ramie, une plante orientale dont la tige contient une fibre résistante.

Le public se plaignait du fait que les billets de ramie se salissaient et se déchiraient trop vite.

Dès 1899, on en est revenu donc exclusivement au papier de pur chiffon.

Fort onéreux, le papier fait à la main a été remplacé à partir de 1906 par du papier filigrané fabriqué à la machine.

Les petites coupures de 20 et 50 francs ont été les premières à être réalisées de la sorte.

Elles ont été suivies en 1908 par le billet de 100 francs et en 1913 pour que les plus grosses coupures soient imprimées sur ce papier fabriqué à la machine.

Il a fallu attendre la première guerre mondiale pour voir le portrait du souverain apparaître sur les billets de banque belges.

Sur les billets du 19ème siècle, seuls une couronne ou un sceptre fait référence à la dynastie.

Cette différence de traitement entre les pièces et les billets a une explication historique.

De tout temps, la frappe des monnaies a été une prérogative royale, on parle de droit régalien, tandis que les billets étant émis par des entreprises privées échappaient au contrôle du souverain.

Les billets de la Banque Nationale n’ont reçu le statut de moyen de paiement légal qu’en 1873.

Depuis 1912, la Banque Nationale de Belgique tenait en réserve un billet de 5 francs susceptible d’être mis rapidement en circulation.

C’était une copie réduite, en vert et marron, de la coupure de 20 francs de 1892.

Le papier n’était pas de la qualité habituelle et ne présentait qu’un filigrane composé des lettres " BNB ".

Lorsque le conflit a éclaté, la population a pu pour la première fois faire connaissance avec un billet d’une si petite valeur.

Dès juillet 1914, le public s’est pressé pour échanger ses billets contre de la monnaie en argent.

Le 3 août, la convertibilité des billets était suspendue.

Quelques semaines plus tard, la Banque avait sorti une nouvelle série de billets qui a été baptisée " Comptes courants ". Les coupures allaient de 1 à 1.000 francs.

Sur les plus hautes valeurs, le portrait d’un roi apparaît pour la première fois.

Etant le fondateur de la dynastie belge, le choix s’est porté sur Léopold 1er.

Comme le gouverneur refusait de rapatrier ses stocks d’or et de devises, l’occupant allemand a retiré à la Banque son privilège d’émission.

La Société Générale a créé un département d’émission qui a repris à son compte l’émission de billets.

La série se distingue par ses portraits de la reine Marie-Louise et de Pierre-Paul Rubens.

A partir de 1920, une nouvelle série a pu être mise en circulation.

Cette nouvelle série de billets à thème patriotique est dotée d’un nouveau filigrane et porte le nom de " Série Nationale ".

Sur les nouvelles coupures d’après-guerre, on découvre le double portrait d’Albert 1er et Elisabeth, au verso, une scène locale représentant un ouvrier.

De 1926 à 1946, les billets de banque belges, comme les pièces de monnaie, ont porté mention de leur valeur en Belga.

En 1929, on a mis en circulation un billet de 10.000 francs, la plus grande valeur nominale représentée sur un billet de banque belge.

L’émission de cette coupure était liée à la reprise de l’inflation.

A l’approche de la deuxième guerre mondiale, les gens sont venus à nouveau se presser aux guichets de banque.

Dès le 10 mai 1940, premier jour de l’invasion allemande, la convertibilité des billets a été suspendue.

Aucune nouvelle série de billets n’a été émise durant la guerre.

Çà et là, les communes ont émis aussi de la monnaie de nécessité.

Le troc a même refait son apparition.

Entre-temps, la Banque Nationale de Belgique préparait l’après-guerre dans le plus grand secret.

A Bruxelles, Jules Vanpaemel, travaillait sur des projets pour la série " Dynastie ".

Il ne restait plus qu’à attendre la libération.

A l’origine, la série " Dynastie " devait se composer de quatre coupures mais la question royale allait tout bouleverser.

Le billet à l’effigie de Léopold III n’a jamais été mis en circulation.

Comme toutes les séries précédentes, la série " Dynastie " est encore imprimée en typographie.

La Banque Nationale expérimentait une nouvelle technique d’impression, la taille douce.

La réalisation de la série " Dynastie " a été semée d’embûches.

Une partie des billets de 500 francs ont été imprimés par la banque de France.

Comble de malchance, des contrefaçons ont rapidement fait leur apparition donc les billets ont dû rapidement cédé la place à une nouvelle série, la " série Centenaire ".

Ce nom évoquait le centième anniversaire de la Banque qu’elle fêtait en 1950

Les thèmes de la série précédente ont été conservés, mais les billets créés par Louis Buisseret ont été réalisés en taille douce.

Il a dessiné pour la première fois, à côté de portraits royaux, deux figures de la société civile : le ministre Hubert J.W. Frère-Orban, fondateur de la Banque Nationale, et l’éclusier Hendrik Geeraert, héros de la première guerre mondiale.

Il donnait ainsi le ton pour les séries de billets à venir, qui ont élargi la galerie de portraits de figures nationales célèbres.

A partir de 1962, on se souvient des figures de Mercator (1.000 fr), Bernard Van Orley (500 fr), Lambert Lombard (100 fr), André Vésale (5.000 fr).

Les versos de ces billets font référence au domaine spécifique dans lequel chacun d’eux exerçait ses talents.

Au verso du billet de 500 francs, apparaît un personnage contemporain, Marguerite d’Autriche.

A l’exception de quelques reines de Belgique, elle est la seule femme jamais représentée sur un billet de banque belge.

Le billet de 20 francs de 1964, orné du portrait du jeune Baudouin, est un des plus importants.

D’un format réduit, il était adapté aux petits paiements quotidiens.

Le billet de 50 francs, avec le roi Baudouin en compagnie de la reine Fabiola, est sorti deux ans plus tard.

Un nouveau filigrane avait été créé, l’effigie du roi Baudouin remplaçait celle de Léopold 1er.

Pour le réaliser, le papetier a utilisé la médaille que Carlos Van Dionant avait créée à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1958.

Le succès rencontré par les petits billets a incité la Banque Nationale de Belgique à tester de nouvelles solutions pour les rendre aussi résistants que possible.

Mais l’on a fini par les remplacer par des pièces de monnaie, imbattables sur le plan de la longévité.

Le portrait est une excellente protection contre la contrefaçon, il offre aussi l’occasion de mettre en valeur la richesse de la Belgique.

L’avant-dernière série de billets en francs belges s’est inspirée des figures du monde des arts.

Elle a mis à l’honneur aussi bien l’architecture que les arts figuratifs, la musique ou la littérature.

Hendrik Beyaert, architecte, ouvre la série 1978 suivi par le sculpteur Constantin Meunier, le compositeur André Grétry et le poète Guido Gezelle.

Pour faciliter leur traitement automatique, toutes les coupures ont une même hauteur de 76mm.

Elles ne se distinguent l’une de l’autre que par leur longueur.

Pour les aveugles et les malvoyants, on les a dotées d’un code tactile.

Chaque coupure a reçu une couleur dominante.

L’alternance des langues avait été conservée.

Le verso du billet était resté une place réservée au néerlandais.

Les trois séries les plus récentes y ont apporté un changement : désormais c’est le lieu de naissance du personnage principal qui déterminerait la langue du recto.

Sur le plan linguistique, la coupure de 10.000 francs type Baudouin et Fabiola annonce une nouvelle génération.

Le nom de l’émetteur, la valeur et les titres du gouverneur et du trésorier figurent en français, néerlandais et allemand.

A l’exception de Léopold III, de Marie-Henriette et d’Astrid, tous les souverains belges ont été immortalisés sur un billet.

Pour la dernière série, les thèmes se placent dans le droit fil de la série précédente, mettant en valeur une série d’artistes belges : le peintre James Ensor, Adolphe sax, le peintre René Magritte, le peintre et sculpteur Constant Permeke et l’architecte Victor Horta.

A leur sortie, les billets de 200 francs et 2.000 francs étaient des premières, car jamais auparavant des billets de cette valeur n’avaient été émis dans l’histoire du papier-monnaie belge.

Histoire, architecture, peinture, sculpture et tous les événements socioculturels sont gravés, frappés ou imprimés sur les médailles, les pièces de monnaie ou les billets de banque retraçant l’histoire d’une nation.

C’est là tout l’intérêt de la numismatique.

Le 1er janvier 2002, billets de banque et pièces de monnaie en euro sont mis en circulation.

Ils deviennent moyens de paiements légaux dans toute la zone euro.

 

Voir photos dans l’album "Les billets de banque belges".

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